Le berceau du cheval domestique se trouve au nord du Caucase, révèle une étude de Nature – rts.ch

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L’histoire du cheval domestique a beau être récente, ses débuts restaient une énigme. Grâce à la génétique, le voile est désormais levé sur ce récit hippique, débuté depuis les steppes du nord du Caucase il y a 4200 ans.

Le cheval fut l’une des dernières grandes espèces apprivoisées par l’homme, plusieurs milliers d’années après le chien, la vache ou le mouton. Cette domestication a « transformé l’histoire de l’humanité à une échelle sans précédent, par la nature de ce que l’animal nous a offert: mobilité, vitesse, arme de guerre, etc. », a expliqué le paléogénéticien Ludovic Orlando, qui a dirigé une étude parue mercredi dans Nature.

Dès lors que l’homme a domestiqué le cheval, « une sorte de globalisation du monde s’est opérée », ajoute le chercheur CNRS. Mais d’où est-elle partie ? A quel moment l’équidé domestique a-t-il pris le dessus sur les multiples populations de chevaux sauvages existantes?

Un « mystère absolu » et plusieurs fausses pistes

« Il y avait un mystère absolu, notamment parce que le registre fossile (squelettes et dents) ne nous montrait pas de rupture nette » à travers les âges, souligne Ludovic Orlando. Il fallait donc une autre approche: celle de l’ADN fossile, ce matériel de transmission héréditaire qui permet de remonter le temps et de localiser le « point zéro » d’une lignée humaine ou animale.

Site de fouille de Botai au nord du Kazakhstan en 2017. [Alan Outram  - University of Exeter]

Site de fouille de Botai au nord du Kazakhstan en 2017. [Alan Outram – University of Exeter]

Avec cette méthode, le scientifique et son équipe sont partis en 2018 sur le site de Botaï, au Kazakhstan, où des milliers de fossiles vieux de 5500 ans avaient été mis au jour.

Usures de dentitions supposant le port de licols, restes de déjections trouvés dans des enclos, traces de lait de jument sur les céramiques… Tout portait à croire que le site avait pu être un foyer originel de domestication de l’animal.

Mais non: l’ADN a montré que ces chevaux avaient donné naissance à une autre lignée, disparue depuis. Botaï était donc une nouvelle fausse piste, après celles de l’Anatolie, de la Sibérie ou de la péninsule ibérique.

Le professeur Orlando et son équipe internationale de 162 scientifiques décident alors de passer l’intégralité de l’Eurasie au peigne fin. Ils ont réussi à rassembler 273 spécimens de restes de chevaux dispersés à travers le continent et ayant vécu entre 50’000 et 200 ans avant notre ère.

Des origines au nord du Caucase

Reconstitution de chevaux de Botai basée sur l'étude génétique. Certains des chevaux se sont révélés porteurs de variants génétiques causant des robes aux motifs blancs ou léopard. [Ludovic Orlando, retravaillée par Sean Goddard et Alan Outram]Reconstitution de chevaux de Botai basée sur l’étude génétique. Certains des chevaux se sont révélés porteurs de variants génétiques causant des robes aux motifs blancs ou léopard. [Ludovic Orlando, retravaillée par Sean Goddard et Alan Outram]

La fragile collecte a été séquencée au Centre d’anthropobiologie et de génomique de Toulouse, puis au Génoscope de l’Université d’Evry. Avant d’être comparée aux génomes des chevaux domestiques modernes. A la lecture des milliards de « lettres » des codes génétiques, les scientifiques ont pu identifier une région où les différences entre anciens et modernes étaient les moins prononcées.

Et finir enfin par circonscrire une zone d’environ 500 km de large dans les steppes dites « pontiques » du nord du Caucase. Plus précisément dans les bassins du Don et de la Volga, dans le sud-ouest de la Russie, détaille le CNRS.

Des animaux devenus essentiels

Une datation radiocarbone a ensuite permis de faire remonter cette première domestication à 4200 ans environ. S’en est suivi un essor démographique fulgurant: le profil génétique s’est répandu comme une traînée de poudre à travers l’Eurasie pour remplacer toutes les populations de chevaux sauvages, de l’Atlantique à la Mongolie, devenant en 500 ans à peine « une affaire continentale ».

La clé du succès? Des attributs génétiques spécifiques leur conférant une grande docilité, ainsi qu’une bonne robustesse de dos, essentielle pour en faire une monture. « On suppose qu’il y avait une forte motivation des gens à multiplier ces chevaux-là, tant ils en avaient besoin », explique le paléogénéticien.

L’étude révèle aussi que vers l’Asie, ce cheval s’est répandu en même temps que la roue à rayons (traînée par des chevaux). Vers l’Europe, en revanche, le processus de migration des populations indo-européennes se serait produit sans le cheval. Par quel autre mode de déplacement? Peut-être des boeufs tirant des chars…. Loin en tout cas de l’image des « peuples cavaliers venus des steppes », conclut le Pr Orlando.

ats/aps





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